Congé pour reprise : conditions, bénéficiaires et procédure
La loi autorise la reprise pour les proches, mais uniquement pour en faire leur résidence principale.
- Bénéficiaires autorisés : époux, concubin, partenaire Pacs, ascendants et descendants.
- Le concubin doit justifier d’au moins 1 an de concubinage au moment du congé.
- La reprise en résidence secondaire est illégale et expose à des sanctions.
- Délai impératif : 6 mois avant l’échéance pour une location vide, 3 mois pour un meublé.
- Le logement doit être occupé au moins 8 mois par an par le bénéficiaire.
Conditions légales du congé pour reprise d’un logement loué
La reprise d’un logement loué obéit à des règles strictes, définies par la loi du 6 juillet 1989. Le propriétaire ne peut pas récupérer son bien à sa convenance : il doit respecter des conditions de fond, de forme et de délai, sous peine de voir son congé annulé.
Cadre juridique et conditions de fond
La reprise est encadrée par les articles 15 et 25-8 de la loi du 6 juillet 1989. Le logement doit obligatoirement devenir la résidence principale du bénéficiaire ; toute reprise pour résidence secondaire est illégale. La reprise ne peut jamais intervenir avant l’échéance du bail : seul le locataire peut résilier en cours de période.
Concrètement, le bailleur doit prouver son intention réelle d’habiter le logement ou de le faire habiter par un proche autorisé. Une simple intention déclarative ne suffit pas : le juge peut vérifier la sincérité de la démarche, notamment si le propriétaire possède déjà une autre résidence principale.
– Résidence principale exigée : le bénéficiaire doit effectivement y habiter au moins 8 mois par an
– Bail expiré obligatoirement : la reprise s’effectue uniquement à l’échéance du bail, jamais avant
– Résidence secondaire impossible : le motif de reprise serait alors jugé illégitime
– Effet du congé : la reprise prend effet à la date d’échéance du bail, pas avant
Conditions de forme et moment de la reprise
Le congé doit être notifié dans des délais précis : 6 mois avant l’échéance pour une location vide, 3 mois pour une location meublée. Ces délais sont impératifs et calculés à partir de la réception effective du congé par le locataire.
Le propriétaire qui envoie son congé par lettre recommandée avec accusé de réception doit anticiper les aléas postaux : un délai conseillé de 7 à 8 mois avant la date d’échéance est recommandé pour éviter tout dépassement. En pratique, il est prudent de préparer le dossier de reprise dès la décision prise : justificatifs d’identité, preuve du lien familial, attestation sur l’honneur d’occupation effective.
Le congé ne peut pas être délivré de manière anticipée avant la dernière période du bail : il doit être notifié pendant les 6 ou 3 derniers mois précédant l’échéance, selon le type de location. Passé ce délai, le bail se renouvelle automatiquement et le propriétaire perd son droit de reprise pour cette échéance.
Bénéficiaires autorisés : qui peut bénéficiaire d’une reprise ?

La loi du 6 juillet 1989 définit une liste stricte des personnes pour lesquelles un propriétaire peut légitimement donner congé. Toute reprise en dehors de ce cercle est considérée comme frauduleuse et expose le bailleur à des sanctions.
Pour être valable, la reprise doit bénéficier à une personne appartenant à l’une des catégories suivantes :
– Époux, concubin ou partenaire de Pacs : ces trois situations sont autorisées, sans condition de durée pour le conjoint marié ou le partenaire pacsé.
– Ascendants et descendants directs : parents, grands-parents, enfants et petits-enfants du bailleur sont concernés, qu’ils soient majeurs ou mineurs.
– Concubin(e) depuis au moins 1 an : la loi exige une ancienneté de 1 an de concubinage au moment de la notification du congé. Cette condition ne vaut que pour le concubinage, pas pour le mariage ou le Pacs.
– Personnes à charge : le bailleur peut également reprendre le logement pour un enfant ou un parent à charge, même s’il ne relève pas du premier degré de parenté.
En revanche, les beaux-parents (parents du conjoint) et les autres membres de la famille élargie (oncles, tantes, cousins, neveux, nièces) sont exclus de la liste des bénéficiaires autorisés. Une reprise pour ces personnes sera systématiquement déclarée nulle par le juge, même si le logement leur est destiné en toute bonne foi.
La mention du lien de parenté exact est une obligation légale : son absence ou son imprécision (par exemple, simplement « pour ma famille ») entraîne la nullité du congé. Le propriétaire doit indiquer nom, prénom et adresse précise du bénéficiaire, ainsi que la nature du lien qui les unit.
Pour les colocations ou les baux solidaires, le congé pour reprise doit être notifié à tous les signataires du bail, conjoints inclus, sous peine d’irrégularité. Chaque titulaire dispose ensuite du même délai pour contester.
Délais de préavis et calcul de la date d’échéance
Ces règles de transmission du logement à un proche rappellent les précautions à prendre dans le cadre d’une vente en viager à un héritier, où la requalification en donation guette. Les droits des héritiers y sont protégés par des conditions strictes de prix et de consentement.
La réussite d’un congé pour reprise repose sur le respect strict des délais légaux. Ainsi, pour une location vide, le préavis est de 6 mois avant l’échéance du bail. Pour une location meublée, ce délai est réduit à 3 mois. Ce délai court à partir de la date de réception du congé par le locataire, et les week-ends ainsi que les jours fériés sont inclus dans le calcul, à l’image des formalités de préavis en location meublée.
| Type de location | Préavis légal | Délai d’envoi conseillé |
|---|---|---|
| Location vide | 6 mois | 7 à 8 mois avant |
| Location meublée | 3 mois | 4 à 5 mois avant |
Calcul de la date d’échéance et stratégie d’envoi
Le congé pour reprise ne peut prendre effet qu’à la date d’échéance du bail, c’est-à-dire à la fin de la période initialement convenue. Pour un bail de 3 ans, le préavis doit être notifié au moins 6 mois avant cette échéance. Il est vivement conseillé d’envoyer le congé avec une marge de sécurité, par exemple 8 mois à l’avance. Cette précaution permet d’anticiper les aléas d’un envoi postal ou une éventuelle contestation. Pour une location meublée, un délai de 3 mois est requis, et un envoi recommandé avec accusé de réception effectué 4 à 5 mois avant l’échéance est une pratique prudente.
Dans tous les cas, la date de réception du congé fait foi pour débuter le calcul du préavis. Une notification en main propre contre récépissé ou une signification par commissaire de justice offre une preuve de date incontestable, ce qui sécurise la procédure.
Mentions obligatoires et modes d’envoi du congé pour reprise
Formalisme du congé et mentions requises
Un congé pour reprise ne supporte aucun défaut de forme. Chaque mention obligatoire manquante peut entraîner sa nullité et la poursuite du bail initial. La charge de la preuve incombe au propriétaire : c’est lui qui doit être en mesure de démontrer le bien-fondé de sa démarche depuis la notification jusqu’au respect des 24 mois avant une éventuelle remise en location.
– Motif de reprise : mention obligatoire le congé doit indiquer expressément « reprise pour habiter » le logement, la reprise pour une résidence secondaire étant illégale
– Identité et adresse du bénéficiaire exigées son nom complet et sa nouvelle adresse doivent figurer dès l’envoi du congé
– Lien familial propriétaire-bénéficiaire à préciser qu’il s’agisse d’un époux, d’un partenaire de PAC ou d’un concubin depuis plus d’1 an, la nature du lien doit être détaillée
– Notice d’information obligatoire depuis 2018 un document annexe, prévu par l’arrêté du 13 décembre 2017, doit être joint au congé pour les locations vides afin d’informer le locataire de ses droits
Modalités de notification et destinataires
Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte d’huissier ou par remise en main propre contre émargement. Cette dernière solution, sans frais, est souvent privilégiée pour les relations locatives apaisées.
Tous les signataires du bail, conjoints inclus, doivent recevoir la notification. Un seul envoi adressé au foyer est insuffisant : chaque titulaire du contrat est un destinataire à part entière et le délai de contestation court individuellement. Pour les propriétaires pressés, le recours à un commissaire de justice représente un surcoût de 150 € par notification, pour un acte dont la valeur probatoire est maximale un investissement recommandé pour un bien dont la valeur dépasse 300 000 €.
Un envoi recommandé sept à huit mois avant l’échéance permet de sécuriser le délai légal de 6 mois pour une location vide, et de 3 mois pour une location meublée. La remise en main propre, elle, ne laisse aucune ambiguïté sur la date de réception : c’est elle qui déclenche le compte à rebours.
Locataires protégés : seniors et situations particulières
Les locataires âgés de 65 ans ou plus et disposant de ressources inférieures aux plafonds HLM bénéficient d’une protection spécifique contre la reprise. Cette protection s’étend aux personnes de moins de 65 ans hébergeant un proche protégé, à condition que ce dernier vive sous leur toit.
Le propriétaire qui souhaite malgré tout récupérer son bien doit alors proposer un relogement adapté à ses frais. Une exception existe : si le bailleur est lui-même âgé de plus de 65 ans ou dispose de ressources modestes, il peut passer outre cette obligation et récupérer son logement.
Au Québec, les conditions sont plus strictes : il faut cumuler 65 ans, 10 ans d’occupation continue et des revenus ne dépassant pas 125 % du loyer modique. Dans ce cas, le locataire peut refuser la reprise sans risque d’expulsion.
Contestation du congé par le locataire
Le locataire dispose de 6 mois après réception du congé pour le contester devant le juge des contentieux de la protection. Les motifs de contestation incluent le caractère non légitime de la reprise, un bénéficiaire non autorisé ou un vice de forme. Passé ce délai, la contestation n’est plus recevable.
Avant d’engager une procédure, le locataire peut saisir gratuitement la commission départementale de conciliation. Cette étape permet souvent de résoudre le litige à l’amiable et d’éviter un passage au tribunal. En cas d’échec, la saisine du juge reste possible dans le délai imparti.
Au Québec, la procédure diffère : le locataire doit refuser la reprise dans le mois suivant la notification. L’absence de réponse dans ce délai vaut refus. Une autorisation du Tribunal administratif du logement (TAL) est alors nécessaire pour poursuivre la reprise.
Sanctions applicables au congé frauduleux et à la mauvaise foi
Une reprise frauduleuse expose le propriétaire à une amende maximale de 6 000 €, portée à 30 000 € pour les personnes morales. Le locataire victime peut également obtenir des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi.
Si le logement est remis en location sans motif légitime dans les 24 mois suivant le départ, l’ancien locataire bénéficie d’une priorité de réintégration aux mêmes conditions contractuelles. Le nouveau bail peut être annulé si la mauvaise foi du bailleur est prouvée.
La trêve hivernale protège le locataire contre l’expulsion du 1er novembre au 31 mars. En cas de litige, conservez vos preuves d’intention réelle pendant 3 ans : cette documentation préventive décourage près de 80 % des contestations.
