Augmentation des charges locatives : comprendre, vérifier et réagir
Une hausse n’est légale que si elle porte sur des charges récupérables prévues par le décret n° 87-713.
- Charges récupérables : liste limitative fixée par le décret n° 87-713.
- Tout poste hors liste reste à la charge du propriétaire.
- Sont récupérables : entretien courant, eau, ascenseur, espaces verts.
- Sont exclus : ravalement, toiture, honoraires du syndic.
- Le bailleur doit justifier chaque poste par factures ou décomptes.
- En copropriété, la répartition découle des appels de fonds du syndic.
Comprendre les charges locatives : définition et nature
Les charges locatives correspondent aux dépenses liées à l’usage du logement que le bailleur peut refacturer au locataire. Le loyer et les charges forment ensemble le montant annexe perçu par le bailleur chaque mois. Leur contenu n’est pas libre : il est strictement encadré par le décret n° 87-713 du 26 août 1987, qui fixe une liste limitative des charges récupérables.
Concrètement, seules les dépenses figurant sur cette liste peuvent être mises à la charge du locataire. Toute somme réclamée en dehors de ce cadre est non récupérable et reste à la charge du propriétaire. Comprendre cette distinction est essentiel pour vérifier une régularisation et repérer une refacturation abusive.
Ce que recouvrent les charges locatives
Les charges récupérables couvrent les frais d’entretien courant et les services dont le locataire profite directement. Elles concernent aussi bien la partie privative que les parties communes de l’immeuble. Le bailleur doit pouvoir justifier chaque poste par des factures ou décomptes.
Dans une copropriété, ces charges proviennent des appels de fonds du syndic, puis sont réparties entre les lots selon les modalités prévues au bail.
Charges récupérables et charges non récupérables
La frontière entre les deux catégories est fixée par le décret n° 87-713. Voici les principaux postes que l’on retrouve de part et d’autre :
- Entretien courant : ménage, produits, petit matériel des parties communes
- Eau et énergie : consommation d’eau, chauffage collectif, électricité des communs
- Ascenseur et parties communes : exploitation, visite périodique, examen semestriel des câbles
- Gros travaux exclus : ravalement, toiture, remplacement d’équipements vétustes
- Honoraires syndic exclus : gestion, frais administratifs et de copropriété
Retenez que les travaux d’entretien de copropriété relevant de l’article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 encadrent cette répartition. Le gardiennage et l’entretien des espaces verts figurent également parmi les postes récupérables listés par le décret.
Répartition des charges entre propriétaire et locataire

La répartition des charges entre le bailleur et le locataire n’est pas laissée à l’appréciation de chacun. Elle est strictement encadrée par la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, notamment son article 23, complétée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987. Ce décret fixe une liste limitative : tout ce qui n’y figure pas reste à la charge exclusive du propriétaire.
Concrètement, le loyer et les charges forment ensemble le montant annexe perçu par le bailleur. Le locataire ne peut se voir refacturer que les dépenses récupérables liées à l’usage courant du logement. Les gros travaux, la remise en état, les honoraires de syndic ou les frais de gestion incombent au bailleur. En location meublée, la liste des charges récupérables reste identique à celle d’un logement vide, mais le locataire assume en plus les dépenses courantes d’entretien courant du mobilier.
| Type de dépense | Charge locataire | Charge propriétaire |
|---|---|---|
| Ascenseur (exploitation, nettoyage) | Oui | Non |
| Eau et énergie communes | Oui | Non |
| Gardiennage et espaces verts | Oui | Non |
| Honoraires de syndic | Non | Oui |
| Gros travaux et ravalement | Non | Oui |
| Entretien courant du mobilier (meublé) | Oui | Non |
En cas de litige, c’est au bailleur de prouver que la dépense figure bien dans la liste du décret. Le locataire peut donc demander les justificatifs et vérifier chaque poste avant de payer un complément.
Régularisation des charges : provisions vs dépenses réelles
Chaque mois, vous versez une provision pour charges calculée sur les dépenses de l’année précédente. Une fois par an au minimum, le bailleur compare ce montant aux dépenses réelles : c’est la régularisation. Si les provisions versées sont inférieures au réel, vous devez un complément. Dans le cas inverse, le trop-perçu vous est remboursé ou déduit du loyer suivant.
En location vide, la récupération se fait obligatoirement au réel, avec provisions puis régularisation annuelle. En location meublée, le bailleur peut opter pour un forfait : un montant fixe, sans régularisation ni justificatif. Ce forfait suit l’IRL et ne peut être modifié qu’avec un préavis de 3 mois.
En cas de complément important, vous pouvez demander un échelonnement sur 12 mois. Attention : le bailleur dispose de 3 ans pour réclamer un impayé de charges, et d’1 an seulement pour réviser le loyer après la date prévue.
Justificatifs, délais et droit de consultation
Le bailleur ne peut pas réclamer un complément de charges sans respecter une procédure encadrée par l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989. Le locataire dispose de droits précis pour vérifier que chaque euro réclamé correspond à une dépense réellement engagée.
- Décompte 1 mois avant : le bailleur doit communiquer le décompte au moins 1 mois avant la régularisation.
- Consultation sous 6 mois : les justificatifs restent consultables pendant 6 mois après l’envoi du décompte.
- Factures et relevés syndic : le bailleur doit fournir factures, contrats d’entretien et relevés de charges du syndic.
- Décompte par nature : la répartition doit détailler chaque poste de charges, sans regroupement global.
Les documents que le bailleur doit mettre à disposition
Le locataire peut demander à consulter les factures des fournisseurs (eau, énergie, entretien), les relevés de charges établis par le syndic, les appels de fonds de la copropriété ainsi que les contrats d’entretien en cours. Ces pièces permettent de vérifier que les montants refacturés correspondent bien à des charges récupérables.
Où et comment consulter les justificatifs
La consultation se fait généralement au domicile du bailleur, à son agence ou au siège du syndic. Le locataire peut se faire accompagner d’un tiers ou d’une association de défense des locataires. Si le bailleur refuse l’accès aux pièces, le locataire peut contester la régularisation et saisir la commission départementale de conciliation.
Que faire en cas de silence ou de refus
Un bailleur qui ne transmet pas le décompte dans le délai d’1 mois ou qui bloque l’accès aux justificatifs pendant les 6 mois s’expose à voir sa demande rejetée. Le locataire doit adresser une lettre recommandée avec accusé de réception pour réclamer les documents, puis conserver une copie de tous les échanges. En l’absence de réponse, le tribunal judiciaire peut être saisi pour faire annuler le complément réclamé.
Calcul de l’augmentation des charges locatives
Comment se calcule la régularisation
Le calcul repose sur une comparaison simple entre ce que vous avez déjà versé et ce que le bailleur a réellement dépensé. Chaque mois, vous réglez une provision pour charges, estimée à partir des dépenses de l’année précédente. À la régularisation, le bailleur additionne les dépenses réelles et les confronte au total de vos provisions.
Si les provisions versées dépassent les dépenses, le trop-perçu vous est remboursé. Dans le cas inverse, vous devez régler un complément de charges, qui peut être échelonné sur 12 mois si vous le demandez. La répartition de ces dépenses entre locataires suit une règle précise.
En immeuble collectif, la répartition se fait le plus souvent au prorata de la surface du logement, ou parfois selon le nombre de pièces. Le mode choisi doit être identique pour tous les occupants et mentionné dans le bail. Une fois les dépenses réparties, le bailleur ajuste la provision mensuelle pour l’année suivante, en fonction de ce qui a réellement été consommé.
Exemple concret d’ajustement des provisions
Prenons un locataire qui verse 80 € de provisions par mois, soit 960 € sur l’année. À la régularisation, le bailleur constate que les dépenses réelles réparties s’élèvent à 1 080 €. La différence de 120 € constitue le complément dû par le locataire.
Le bailleur peut alors réviser la provision mensuelle à la hausse, par exemple à 90 €, pour mieux coller aux dépenses futures. À l’inverse, si les dépenses réelles n’avaient été que de 880 €, le locataire aurait bénéficié d’un remboursement de 80 € et sa provision aurait pu être abaissée.
Ce mécanisme n’autorise aucune marge bénéficiaire pour le bailleur : il récupère uniquement ce qu’il a effectivement payé, sur justificatifs. Gardez en tête que les impayés de charges se prescrivent par 3 ans, un délai qui protège autant le locataire que le propriétaire.
Charges locatives : logement meublé vs non meublé
En location vide, le bailleur perçoit des provisions mensuelles puis régularise une fois par an en comparant les sommes versées aux dépenses réelles. Le locataire peut donc payer un complément si les provisions étaient insuffisantes, ou obtenir un remboursement dans le cas inverse. Ce fonctionnement au réel reste la règle de principe pour les logements non meublés.
En location meublée, le bailleur dispose de deux options. Il peut appliquer le réel, avec provisions et régularisation annuelle comme pour un logement vide. Il peut aussi opter pour un forfait de charges : un montant fixe, versé chaque mois, qui n’ouvre droit à aucune régularisation. Ce forfait peut être révisé selon l’IRL, et le bailleur doit respecter un préavis de 3 mois pour le modifier.
Face à la hausse des dépenses d’énergie, de nombreux bailleurs de meublés abandonnent le forfait pour passer au réel, plus fidèle aux coûts constatés. Le locataire conserve dans tous les cas le droit de consulter les justificatifs pendant 6 mois après réception du décompte.
